Pourquoi l'Argentine ?
Les mauvaises (ou fausses) raisons :
- Parce que j'aime bien leur drapeau
- Parce que j'aime bien leur équipe de foot, Gabriel Batistuta en tête
(je fais l'impasse sur Maradona, qui pourtant ici est encore un dieu
vivant (qui tourne au crack))
- Parce que j'aime la tendresse du boeuf argentin, si réputée
(réputation méritée)
Les vraies raisons :
- Parce que l'idée du départ est quelque chose de profondément ancré en
moi. Je rêvais depuis des années de partir, de voir et vivre autre
chose.
Je me devais de le faire, pour rester fidèle à moi-même, même seul.
- Parce que des chansons, comme un écho, sont venues souvent me
rappeler cette aspiration au départ :
Le paradis blanc de Michel Berger (10 ans au moins que je l'écoutais,
il fallait enfin la vivre)
"Il y a tant de vagues et de fumée
Qu'on arrive plus à distinguer
Le blanc du noir
Et l'énergie du désespoir
Le téléphone pourra sonner
Il n'y aura plus d'abonné
Et plus d'idée
Que le silence pour respirer
Recommencer là où le monde a commencé
Je m'en irai dormir dans le paradis blanc
Où les nuits sont si longues qu'on en oublie le temps
Tout seul avec le vent
Comme dans mes rêves d'enfant
Je m'en irai courir dans le paradis blanc
Loin des regards de haine
Et des combats de sang
Retrouver les baleines
Parler aux poissons d'argent
Comme, comme, comme avant
Y a tant de vagues, et tant d'idées
Qu'on arrive plus à décider
Le faux du vrai
Et qui aimer ou condamner
Le jour où j'aurai tout donné
Que mes claviers seront usés
D'avoir osé
Toujours vouloir tout essayer
Et recommencer là où le monde a commencé
Je m'en irai dormir dans le paradis blanc
Où les manchots s'amusent dès le soleil levant
Et jouent en nous montrant
Ce que c'est d'être vivant
Je m'en irai dormir dans le paradis blanc
Où l'air reste si pur
Qu'on se baigne dedans
A jouer avec le vent
Comme dans mes rêves d'enfant
Comme, comme, comme avant
Parler aux poissons
Et jouer avec le vent
Comme dans mes rêves d'enfant
Comme avant"
L'Horizon de Dominique A :
"... Quand tu rentres chez toi
Tu te dis qu'il fait bon
Le mensonge est partout
infiltré dans tes veines
Quand tu aimes goûter
au sang de la baleine
qui déborde des lèvres
de la femme au harpon
Mais un jour sur ta manche
tire le capitaine
Les yeux exhorbités
il te dit, repartons !
Il est temps de sortir
du sommeil des rêves
Car nul ne vous attend
autant que l'horizon !
C'est l'Obnor qui t'espère
l'Inlandsis qui t'appelle
La Sierra Nevada
qui la nuit crie ton nom
Et c'est la Grande Bleue
qui réhausse le ciel
Chacun d'eux te réclame
et t'offre l'horizon
Mais celui-ci t'échappe
stoppé dans son élan
par des sommets hargneux
des vallées encaissées
des villes au coeur de pierre
aux formes insensées
Vois, la barbe te pousse
et ton pas se fait lent
et tu entends au loin
les plaintes des baleines
qui avant de finir
sur la grêve ont, sans doute
connu cet horizon
dont seul le capitaine
espère encore pour deux
que tu croises la route !
Mais un jour au silence
qui monte aux alentours
comme tes yeux se décollent
tu sais qu'on t'a laissé
seul avec ton vieux rêve
dont l'ombre est un vautour
qui dessous tes haillons
sens la chair s'assécher
et commande l'élan
qu'il va pourtant te prendre
Le décor s'aplanit
les courbes se défont
Tout se dégage
oh oui sans doute
làs de t'attendre
celui qui vient à toi
Il est là !
L'horizon !"
Et enfin, redécouverte d'une chanson de Florent Pagny (au fait, mettons
un terme au mythe : il ne passe que 2 semaines par an dans son estancia
en Patagonie !), savoir aimer :
"...Apprendre à rêver
À rêver pour deux,
Rien qu'en fermant les yeux,
Et savoir donner
Donner sans rature
Ni demi-mesure
Apprendre à rester.
Vouloir jusqu'au bout
Rester malgré tout,
Apprendre à aimer,
Et s'en aller,
Et s'en aller..."
- Parce que c'est ici qu'on rencontre l'Eternel comme ces neiges sur
l'Aconcagua, sommet argentin culminant à 6960m, à quelques encablures de
Santiago du Chili.
"Immensité dit l'être, éternité dit l'âme." disait Hugo.
Partir au bout du monde comme l'on va au bout de soi.
Parce que c'était ici que j'imaginais le mieux être témoin de cette
alliance entre Homme et Nature.
Ici Terre, Feu, Eau et Air s'étreignent dans leur pureté sans qu'on
puisse en définir leur frontière (on appelle d'ailleurs la province la
plus australe de la Patagonie la "Tierra del Fuego", la Terre de Feu,
alors qu'elle est baignée par 2 océans, traversée par plusieurs fleuves et
parsemée de lacs).
On ne sait plus ce qui est image, reflet, réalité ou rêve.
Cela me rappelle ce que disait, un peu à l’instar d’Hermès de Trismégiste dans la Table d’Emeraude, Borges je crois dans Fictions “L'ordre inférieur est un miroir de l'ordre supérieur ; les formes de la terre correspondent aux forment du ciel ; les taches de la peau sont une carte des constellations incorruptibles”.
- Parce qu'ici et c'était l'image que je m'en faisais, la Lumière est
douce. Elle ne jette pas son trait à votre visage, elle le caresse. Ici,
c'est le printemps : les "beaux jours", la Force s'éveille et monte au
coeur des arbres. C'est l'heure de la régénérescence. (suis sûr que
Minna dirait "résurrection" depuis notre concert de Mahler à la salle
Pleyel !)
- Pour les espaces, synonymes de liberté, à chevaucher, à gravir, à
traverser.
- Parce que l'hospitalité des autochtones est vraiment exceptionnelle.
Je suis toujours frappé quand je croise des écoliers dans de petits
villages de voir qu'il me salue d'un "Ola" comme si nous étions familiers.
Les argentins vous regardent toujours droits dans les yeux. Là encore,
nouveau jeu de reflets : les regards si profonds se fondent. Qui est
miroir à l'autre ? Où est le corps, où est l'âme ?
L'autre jour, je me balladais sur un petit marché artisanal et tandis
que je m'arrêtais devant un stand où une vieille dame aux traits très
caractéristiques des habitants de la Cordillère des Andes m'expliquait
comment elle tissait la laine, sa fille (5-6 ans tout au plus) jouait
entre mes jambes. Aucune gêne tant du côté de la fille que de la mère.
Etonnant balai qui a duré une bonne demie-heure.
Ici les rapports humains sont très différents ; on n'est jamais pressé
par le temps et on ne se laisse pas l'être.
- Parce qu'ici, on a le sentiment qu'une revanche est à prendre.
L'Argentine se relève d'une crise majeure de plus d'une dizaine d'années,
crise économique et politique, et on sent une réelle aspiration chez la
population à retrouver la grandeur d'autrefois.
Fierté, orgueil, appelez ce sentiment comme vous voudrez mais l'idée
que le Chili par exemple soit désormais plus riche qu'eux leur est
insupportable !
Certaines provinces, la Patagonie notamment, font figure de véritables
eldorados. La présence de pétrole n'est pas étrangère à ce phénomène et
beaucoup d'investisseurs (américains notamment) s'empressent d'amasser
quelques milliers d'hectares de terre dans la région.
Je vais essayer au gré de ces quelques pages de vous faire partager cette expérience. Je tâcherai de laisser les images parler d’elles-mêmes. Finalement, c’est bien suffisant ...